
Un rai de lumière perce la canopée. Malgré l’automne, il teinte mes aiguilles sommitales d’un vert tendre et printanier. Je ne me laisse pas leurrer par cette douce apparence. Même un jeune conifère sait que l’hiver s’en vient et il aime ça. Le chemin qui me borde est une charmante invitation horizontale. Mais l’horizon se cache derrière mes frères des forêts. De frère en frère, le mythe de l’horizon se propage sous la frondaison. Peut-être se trouve-t-il au bout du chemin. Comment le savoir puisque nos racines décident de notre immobilité. Le déterminisme ressemble à une condamnation, pourtant… Ce sera bientôt Noël et le petit chemin accueillera des promeneurs. Parmi eux, un enfant joyeux me choisira. D’un doigt, il me désignera et son père me coupera.
Aïe ! J’ai mal et l’enfant rit. Mon agonie commence par une aventure horizontale à laquelle je ne me croyais pas destiné. Il est beau ce petit chemin. Il est comme un long tunnel avec une lumière au bout et je vois défiler les saisons de ma courte vie. Le destin est surprenant et le mythe de l’horizon s’effondre quand je l’aperçois. Adieu mes frères, adieu forêt. Et voilà qu’on me maquille, qu’on me vêt de couleurs vives. C’est bien la première fois que je me fais enguirlander. C’est beau et l’enfant rit. A mon pied, on dépose des choses joliment emballées. Au petit matin, l’enfant déballe ses cadeaux. C’est joli et l’enfant rit.
Un rai de lumière perce la décharge. Malgré l’hiver, il teinte mes aiguilles sommitales d’un brun sec et automnal. Quelques-unes se sont accrochées à mes branches mais je m’éparpille encore. Je ne me laisse pas leurrer par cette morbide apparence. Même un jeune conifère sait que l’hiver n’est pas encore arrivé et il aime ça. Le chemin qui me borde est une charmante invitation. L’imagination est propice à bien des projections. En laissant mon esprit vagabonder vers cet horizon caché derrière mes frères des forêts, je me suis engagé dans une progression horizontale, le long de ce chemin dont je ne suivrai probablement pas le cours. Mon destin semble me pousser à croître verticalement, à monter vers le ciel. Pourtant, peut-être que sur le petit chemin qui me borde, parmi des promeneurs, un enfant joyeux me choisira. D’un doigt, il me désignera et son père me coupera.