
C’est pas facile d’être soi, d’être intègre
De faire le choix d’être de bonne foi
D’écrire sa vie sans prendre un nègre
D’être vrai plus souvent que parfois
Inspirer, expirer l’air d’un autre
Cette imposture est un cul-de-sac
Quand l’oxygène n’est pas le nôtre
On respire mal derrière un masque
Le masque de beauté est une surcouche, un masque sur le masque. Je n’adhère pas à cette habile punch-line de notre ami Renaud. Non, vouloir trop plaire, c’est pas le plaisir des moches. Était-il amer et alcoolisé quand Dominique l’a quitté ? Docteur Renaud et Mister Renard ont-ils fait un pacte pour écrire « La pêche à la ligne » ? Une rupture amoureuse pour un homme aussi sensible, c’est un drame. Vouloir trop plaire n’est pas le plaisir des moches ; cela traduit chez les gens qui doutent de leur pouvoir de séduction, le fébrile espoir d’être aimé. Vouloir trop plaire, c’est se croire moche tel que l’on est, au point de vouloir donner l’illusion qu’on est plus beau, donc plus aimable, avec quelques retouches. Le jeu de la séduction se joue sur un fil où l’équilibre est précaire et la face cachée couverte d’une surenchère de couleurs.
Elle prend grand soin la maquilleuse
Met des couleurs à l’extérieur
Elle va gommer l’humeur boudeuse
Pour faire briller, rayonner l’acteur
De jour en jour, nous jouons un rôle
Nous mettons en images notre image
La pellicule est sous contrôle
On coupera ce qui ne plaît pas au montage
La comédie de la vie, elle est parfois filmée et jouée par des acteurs. Mais notre quotidien est aussi un plateau de tournage sur lequel on dit rarement « Silence, on tourne ! » Sans attendre le clap de départ sur la scène de nos vies, nous jouons beaucoup à singer des personnages fantasmés par d’autres. On se la joue en faisant rimer être et paraître. Ce jeu de rôle est un déni de soi au sein duquel on se perd dans ce qu’on croit être le désir de l’autre. On navigue à vue sans carte ni autre boussole qu’un instrument qui met le Nord à l’Ouest.
Virer de bord et pourquoi pas déborder
Changer de cap et pourquoi pas décaper
Mais rester au bord, là où j’ai pied
M’attache au port comme un chat échaudé
Je veux voguer vers l’inconnu
Crier « Maman ! » quand j’aurai peur
Sans carapace et presque nu
Sans cuirasse, sans armure sur le cœur
A poil, sans smoking ni fard, qui suis-je, que vaux-je ? Au sein de nos commerces affectifs, c’est quoi une bonne négo sur le marché de la séduction ? C’est pas facile d’être soi, d’être intègre, de faire le choix d’être de bonne foi, d’écrire sa vie sans prendre un nègre, d’être vrai plus souvent que parfois. C’est tout un art de soigner son image. Ç’est un tout autre art que de prendre soin d’être plutôt que paraître. J’aime faire le pitre, mais… Est-ce le moment de faire le clown ? N’est-il pas temps de me taire, de prendre un virage en solitaire ? Silence, on tourne !
On tourne autour, on tourne en rond
Ou bien l’on tourne une autre page
Sans certitude, nous saurons
Ce qui fut fou, ce qui fut sage
Il n’est plus temps de faire le clown
Alors j’arrête mon cinéma
Je ne suis pas le héros d’un cartoon
Ma vie se joue sans caméra
Il n’est plus temps de faire le clown
C’est le moment de me taire
Prendre un virage en solitaire
Chut... Je tourne.