04 La présence

Les chercheurs dehors, les orpailleurs, ils sont ailleurs. Chercher une herbe plus verte, pourquoi pas. Chercher un or plus jaune, devenir plus riche, pourquoi pas ? A bien observer un traqueur de paillettes dans une rivière, il peut sembler très concentré. Un amateur de pépites est très présent dans sa quête de rareté. Il est bien là, pas tant ailleurs, en fait. Présent à ce qu’il fait plus qu’à ce qu’il est, concentré, présent devant, pas trop derrière, un peu en bas, pas en haut, ni à droite, ni à gauche, dehors sûrement, pas dedans. Mais il est dans ce qu’il fait. Patiemment, il fait tourner sa batée dans l’eau et en espère un reflet qui fera briller ses yeux d’un éclat d’or. Ce n’est pas fatalement la cupidité qui le guide. Ma route a croisé celle d’orpailleuses indiennes, des Kunas je crois. C’était en 1989 entre le Panama et la Colombie dans cette zone inhospitalière de jungle et de marécages qu’on nomme le Darién. J’en traversais un bout en pirogue en compagnie de trois adolescents. Mon vélo était avachi comme un âne mort dans l’une des deux embarcations. Traverser le Darién, ça ne se fait pas en roulant. Notre parcours était entrecoupé d’événements curieux. Parfois, les gamins sautaient des pirogues pour courir après un iguane. Souvent, on devait vider les pirogues et les tirer car le niveau d’eau de la rivière était insuffisant. Et puis il y eut ces femmes, les pieds dans l’eau. Toute la journée courbées, elles caressaient le maigre espoir de récolter quelques grammes d’or afin de gagner quelque argent qui contribuerait à nourrir leur famille. L’une d’elles m’avait proposé de faire tourner la batée. J’étais gamin et l’idée était très excitante. Cette expérience de chercheur d’or fut courte et amusante. On était loin de l’extraction minière, du trafic, de la guerre des gangs, de la pollution au mercure. Alors, chercher de l’or, pourquoi pas ?

Cet enfant assis sur un caillou au milieu de la rivière, il ne cherche pas d’or. Il me semble qu’il le trouve sans l’avoir cherché. Simplement, il est. Simplement, il joue. Présent à lui et à son environnement, il invente un instrument de musique. Les chercheurs d’or le commercialiseront peut-être sous le nom de hang, de handpan, de steel drum. Le marketing fera son boulot et je sais qu’il le fera bien, qu’il en tirera de l’or.

L’or de ce petit moine tibétain n’est pas minéral. Il brille, non pas parce qu’il est rare mais parce qu’il est unique. Son or, il le goûte dans chaque goutte d’eau qui vient faire résonner ce récipient qu’il détourne de sa fonction. A moins qu’on soit assez inventif pour faire chauffer des aliments dans un instrument de musique. Est-il en méditation ? Ou bien simplement, joue-t-il ? Et est-ce bien différent ? Présent à lui, à ce qui est, devant, derrière, en haut, en bas, à droite, à gauche, dehors, dedans.

Nous dormons tous négligemment sur une mine d’or
Ne cherchons pas ailleurs, fouillons à l’intérieur !
Rien en surface il faut creuser, chasse au trésor
Aventurier de soi, apprivoisons nos peurs !